Parachat CHOFTIM

« Vous vous établirez des villes (…) de refuge. L’auteur d’un homicide, celui qui aura tué quelqu’un involontairement, pourra s’y enfuir » (Bamidbar XXXV, 11).
Dans notre paracha : « Tu devras en faciliter l’accès » (Devarim XIX, 3). La Torah nous demande de diriger le meurtrier. Des panneaux indicateurs étaient placés à la croisée des chemins pour lui permettre d’atteindre, au plus vite, la ville-refuge et d’échapper au vengeur de sang, qui serait en droit de le tuer, en cours de route. (Guémara Makot 9b-10a).
Les Commentateurs rajoutent que la Torah veut aussi éviter les contacts avec l’assassin. Il a, certes, tué sans faire exprès, mais personne n’est atteint par hasard, il porte la responsabilité de l’évènement. Si cet homme devait demander sa route, il serait aussi amené à expliquer les circonstances de l’accident, ce qui amoindrirait alors, aux yeux des autres, la gravité du péché de meurtre, et l’importance de la vie humaine. Ces brèves rencontres pourraient avoir par la suite des répercutions que la Torah préfère prévenir en lui traçant d’avance la voie.
Par contre, nous pouvons remarquer que pour les trois fêtes de pèlerinage, aucune signalisation n’a été prescrite, ni réalisée sur les trajets menant à Jérusalem. Celui qui voulait se rendre au Temple, devait demander son chemin à tous les passants, à qui il communiquait sa joie d’accomplir cette grande mitsva. Ils finissaient souvent par monter, tous ensemble, à Jérusalem, comme nos Sages le rapportent à propos d’Elkana qui changeait, chaque année, de route pour entrainer avec lui des groupes toujours différents.
Ce séjour extraordinaire à Jérusalem avait une influence positive sur tous les enfants d’Israël qui s’imprégnaient de la Torah et de la sainteté des lieux en voyant les Cohanim et les Léviyim occupés toute la journée au service divin, à l’étude et à la prière. Ils rentraient chez eux, empreints de cette atmosphère spirituelle qui les marquait longtemps. C’est d’après les Tossafot (baba batra 21a) ce que veut dire le verset : «car c’est de Tsion que sortira la Torah et la parole de D… de Jérusalem » (Yéchaya II, 3).
L’influence des rencontres et de l’environnement est aussi soulignée à propos du prélèvement du Maaser chéni. Il est dit : « afin que tu apprennes à craindre l’Eternel et à accomplir ses commandements » (Dévarim XIV,23), car ce prélèvement du dixième de la récolte devait être consommé à Jérusalem exclusivement, à l’intérieur des murailles, par son propriétaire (et ses amis). Il devait donc y séjourner le temps de tout manger et se trouvait pendant cette période à proximité du Temple et au contact des Cohanim et des Léviyim. C’est comme cela expliquent les Tossafot que du maasser on parvient à apprendre « à craindre l’Eternel ».
Le Midrach rapporte qu’au moment de la destruction du Temple les romains avaient peur de pénétrer à l’intérieur. Ils demandèrent alors aux enfants d’Israël d’aller leur sortir les ustensiles, en promettant que celui qui rentrerait pourrait prendre pour lui ce qu’il voudrait. Yossef Méchita, un juif renégat, se proposa et ressortit avec la Menora (le candélabre en or massif). Mais les romains lui refusèrent une si belle prise et lui proposèrent d’aller se chercher autre chose. Mais Yossef Méchita refusa tout net et s’écria « malheur à moi qui ai mis en colère mon créateur! ».
Comment comprendre ce changement radical ? Nos Commentateurs expliquent qu’une fois entré dans le temple il fut imprégné de la sainteté de l’endroit. Pris de remords, il s’interdit alors d’y pénétrer une seconde fois, même au péril de sa vie.

SHABBAT SHALOM OUMEVORAKH