Une goutte de Torah – Année 14 – n° 713 – Chela’h Le’ha
21 Sivan 5786 – 6 juin 2026
Cette goutte de Torah est dédiée à la guérison complète de notre relectrice, Tania bat ‘Haya Clara
La double nature des Tsitsit
La Paracha se termine par l’un des commandements les plus voyants du Judaïsme (15:37-40) : celui de porter des “Tsitsit”, ces franges qui doivent être attachées aux extrémités de tout vêtement disposant de quatre coins.
Selon Rabbi Jonathan Sacks, loin d’être de simples ornements, les Tsitsit constituent une véritable “technologie de l’âme” conçue pour naviguer entre nos pulsions instinctives et notre identité.
La fonction première des franges est le rappel visuel. La Torah précise que nous devons les regarder pour ne pas nous égarer “après notre cœur et nos yeux” (15:39). L’œil est l’organe du désir immédiat, tandis que le cœur transforme ce désir en impulsion. Les Tsitsit agissent comme un signal d’arrêt qui nous permet de briser le cycle des pulsions. C’est un outil de maîtrise de soi qui transforme le regard physique en une vision spirituelle.
Rabbi Sacks souligne qu’il existe deux façons de porter les Tsitsit, représentant les deux dimensions indissociables de la vie juive : le Tallit Gadol (le châle de prière) et le Tallit Katan (le petit vêtement porté sous la chemise). Le Tallit Gadol incarne la dimension publique et communautaire ; c’est le visage du judaïsme que nous partageons avec le monde. À l’inverse, le Tallit Katan, caché sous nos vêtements, symbolise la vie intérieure de l’âme, cette conversation intime et privée entre nous et D.ieu.
Enfin, Rabbi Sacks souligne l’importance du fil bleu (Te’helet) que la Torah demande de placer dans les Tsitsit (15:38) ; il porte une symbolique forte : le bleu évoque la mer, qui reflète le ciel, lequel rappelle le Trône de Gloire. Cette graduation visuelle invite l’homme à transcender le monde matériel pour percevoir l’infini.
Les Tsitsit nous enseignent que l’intégrité religieuse ne peut être atteinte que si nous harmonisons notre personne publique avec notre moi intérieur. Ils nous rappellent nos obligations tant dans l’éclat de la communauté que dans le silence du secret.
Une histoire vraie
Dans la traduction de la Torah en araméen, Onkelos traduit “Tsitsit” par “Krouspedin” (mot d’origine grecque).
On raconte qu’un jour, un rabbin était assis dans un bus à Jérusalem quand une jeune fille très légèrement vêtue vint s’installer lascivement à côté de lui, en lui demandant ironiquement si cela ne le dérangeait pas.
“Pas du tout”, répondit le rabbin, puis, d’un air faussement embarrassé, il rajouta : “Mais je dois vous prévenir que j’ai des Krouspedin.”
Après une seconde de réflexion, la jeune fille, affolée, bondit de son siège et alla s’asseoir à l’autre extrémité du bus.
(Merci à Leor Jacobi pour cette histoire)
Chabbat Chalom
Jean Guetta
Relu et mis en page par Tania Guetta
