Une goutte de Torah – Année 14 – n° 692 – Chemot
21 Tevet 5786 – 10 janvier 2026
Cette goutte de Torah est dédiée à la guérison complète de notre relectrice, Tania bat ‘Haya Clara
Allaitements
Selon le Talmud (Sota 12b), quand Moïse fut recueilli par Batya – la fille de Pharaon – il refusa toutes les nourrices égyptiennes car “la bouche qui parlerait un jour avec la Présence Divine ne pouvait téter du lait impur.” Sa sœur Miryam, qui avait suivi son périple depuis qu’il avait été déposé dans son berceau sur le Nil, se dévoila alors à Batya (2:7) : “… veux-tu que j’aille te chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux, qui allaitera cet enfant pour toi ?” Batya accepta et Miryam alla chercher leur mère qui l’allaita.
De nombreux géants spirituels grandirent grâce au lait de femmes pieuses, même si l’allaitement était bref. Un Midrach cité par Rav Yehiel Brand rapporte qu’à l’époque où les Romains interdisaient la circoncision, Rabbi Shimon ben Gamliel circoncit son fils, le futur Rabbi Yéhouda Hanassi, mais fut dénoncé. Pour le protéger, une noble romaine échangea le bébé avec son fils, le futur empereur Antonin, qui fut allaité quelque temps par la femme de Rabbi Shimon. Présentant un enfant incirconcis, Rabbi Shimon ne fut plus inquiété. Plus tard, Antonin, devenu empereur, entretint d’excellentes relations avec Rabbi Yéhouda Hanassi et promulgua de nombreux décrets en faveur des Juifs. Selon certains Midrachim, il finit par se convertir.
L’importance spirituelle de l’allaitement est inscrite dans la loi juive. Selon le Choul’han Arou’h (Yoré Déah, 81:7), une femme juive qui mange des aliments interdits ne doit pas allaiter car leur présence dans le lait pourrait avoir un impact spirituel sur l’enfant.
Au-delà de sa portée spirituelle, la médecine moderne reconnaît aujourd’hui l’importance de l’allaitement, tant pour la mère (réduction du risque de cancer du sein et de l’ovaire, protection contre l’ostéoporose, …) que pour l’enfant : nutrition optimale, renforcement de l’immunité, meilleur développement neurologique, lien affectif avec la mère…
Une histoire du Talmud
Le Talmud (Shabbat 54b) raconte une étrange histoire : un homme dont la femme venait de décéder se retrouva avec un nourrisson qu’il fallait allaiter. N’ayant pas les moyens de payer une nourrice, il bénéficia d’un miracle : ses seins s’ouvrirent comme ceux d’une femme et il put lui-même allaiter son bébé !
Les sages du Talmud ont des visions totalement opposées de cet épisode : Rav Yossef y voit la grandeur de cet homme pour qui D.ieu a fait un miracle ; Abayé y voit au contraire la preuve de la médiocrité de cet homme qui, n’ayant pas mérité de gagner sa vie avec des moyens naturels, dut bénéficier d’un miracle pour assurer la survie du nourrisson.
De quoi nous faire réfléchir sur la notion de miracle !
Chabbat Chalom
Jean Guetta
Relu et mis en page par Tania Guetta
