Une goutte de Torah – Année 14 – n° 696 – Yitro
20 Chevat 5786 – 7 février 2026
Cette goutte de Torah est dédiée à la guérison complète de notre relectrice, Tania bat ‘Haya Clara
La convoitise
(20:14) : « Ne convoite pas la maison de ton prochain; ne convoite pas la femme de ton prochain, son esclave ni sa servante, son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain. »
Ce commandement est surprenant. La Torah est le seul code de loi qui interdit un sentiment. Par ailleurs, pourquoi cette énumération (maison, femme, esclave, …) ? La Torah aurait pu se contenter de : “Ne convoite pas ce qui est à ton prochain”, sur le modèle des quatre commandements précédents.
Selon le Gaon de Vilna, il englobe tous les autres, et c’est pour cela que c’est le dernier : convoiter le bien d’autrui revient à contester la Providence divine, comme si D.ieu n’avait pas attribué à chacun ce qui est nécessaire à sa mission de vie. Un tel manque de foi ternit tout le reste de la pratique religieuse.
L’énumération proposée dans le verset permet d’introduire progressivement ce commandement difficile à respecter ; on trouve la même structure pour l’obligation de restituer les objets perdus : (Devarim 22:3) : “Et tu agiras de même à l’égard de son âne, de même à l’égard de son vêtement, de même à l’égard de toute chose perdue par ton frère que tu aurais trouvée”.
Selon Rav Zev Smith, cette énumération illustre un cercle vicieux : convoiter un bien conduira à convoiter le suivant, sans être jamais satisfait.
Selon Ibn Ezra, on peut maîtriser ce sentiment en se persuadant que les biens de notre prochain sont hors de notre portée car ils ne nous sont simplement pas destinés. Il donne l’image d’un paysan qui pourrait convoiter la femme de son voisin, mais sûrement pas la reine, totalement inaccessible.
Selon Rav Dessler, on doit comprendre que les biens de l’autre ne nous sont pas adaptés, comme des lunettes dont la correction est n’adaptée qu’à leurs porteurs, ou comme une valise sur un carrousel de bagage qui peut paraître plus belle, mais dont le contenu nous sera probablement inutile.
La lutte contre la convoitise mène à une relation apaisée avec les autres et avec D.ieu. Comme le rappelle Ben Zoma dans Pirkei Avot (4:1) : “Qui est riche ? Celui qui se réjouit de sa part.”
Une histoire
Du haut de leur pommier, deux pommes observent le monde.
L’une dit : “Regarde-moi tous ces gens : ils se jalousent, ils se convoitent les uns les autres, personne n’a l’air de s’entendre avec son voisin. Un de ces jours, c’est nous, les pommes, qui dirigeront la Terre !”
Et l’autre de répondre : “Qui ça, nous ? Les rouges ou les vertes ?”
Chabbat Chalom
Jean Guetta
Relu et mis en page par Tania Guetta
