Parachat Vaét’hanan

PARACHAT  VAET’HANAN

« J’ai imploré (vaét’hanan) l’Eternel en ce temps-là, disant : (…) Laisse-moi passer, je t’en prie, je voudrais voir ce bon pays qui est au-delà du Jourdain. » (Dévarim III, 23-25).

Les Tossafot nous révèlent que Moché Rabbénou a prié 515 fois, soit la valeur numérique du mot Vaét’hanan, et le Gaon de Vilna ajoute qu’à chaque fois c’était une prière différente, accompagnée d’un nouvel argument.

Si Moché avait autant de raisons de rester en vie, et de voir sa mort retardée, c’est qu’il désirait ardemment entrer en terre d’Israël. Pourtant Moché avait acquis un tel niveau de spiritualité, que l’on aurait pu croire qu’il eut été impatient de voir le jour où il quitterait son enveloppe matérielle pour s’attacher à la Présence divine. Ce monde-ci n’est que l’antichambre du monde futur. Moché, âgé de cent vingt ans, ne pensait-il pas avoir déjà bien rempli sa mission ici-bas, et ne désirait-il pas arriver rapidement au bout du couloir pour pouvoir pénétrer dans le Palais, vers le monde futur ?

La réponse se trouve dans la Michna (Avot ch 4, 17) qui rapporte que Rabbi Yaacov avait l’habitude de dire : « Mieux vaut une heure de Téchouva (de pénitence) et de bonnes actions dans ce monde-ci que toute la vie du monde futur ! »

 Mais la michna poursuit, paradoxalement : « mais une heure de bien-être dans le monde futur surpasse toutes les jouissances de ce monde-ci. » C’est dire le ravissement et la béatitude de l’autre monde ! Cependant, une heure bien employée sur terre nous vaudra une plus grande félicité.

L’Eternel « paye et récompense Ses ennemis pour les faire périr » (Dévarim VII, 10). Nos sages précisent (voir Rachi) : « C’est en offrant leur récompense ici-bas. » Il est pourtant dit (Kidouchin 39b) que le salaire des mitsvot n’est pas pour ce monde, et le Gaon de Vilna d’expliquer que rien ne peut être suffisant pour récompenser l’homme de ses bonnes actions, car ce qui est éphémère ne peut  valoir ce qui appartient à l’éternité. Par quoi D… récompense-t-Il, alors, les mitsvot des réchaïm ? Le rav Nathan Tsvi Finkel zatsal, répond « en leur donnant la vie », parce que la vie appartient aussi à l’éternité, en ce que par elle, l’homme selon sa conduite, peut accéder à l’éternité du Olam Haba !

En pleine tempête, les matelots procédèrent à un tirage au sort pour savoir contre qui le Ciel se déchainait. Yona fut désigné. « Il leur répondit : Prenez-moi et jetez-moi à la mer, vous la verrez s’apaiser, car je reconnais que c’est par mon fait que vous essuyez cette violente tempête » (Yona I, 12).  Le rav Leib Hasman, zatsal, fait remarquer que Yona n’a pas dit tout de suite « jetez-moi à la mer », mais au préalable : « prenez moi (portez moi) et jetez-moi », il voulait ainsi gagner encore quelques instants de vie.

David Hamélékh, en souffrance, remercie D… qui « m’avait durement éprouvé, mais Il ne m’a point livré en proie à  la mort » (Téhilim CXVIII, 18), car la vie n’a pas de prix.

Lorsque le rav Naftali Trop de Radin s’est trouvé très malade, les élèves de la Yéchiva proposèrent de donner chacun un temps de leur vie au rav. On demanda alors au Hafetz Haïm (qui appréciait particulièrement le rav Trop) s’il voulait participer et donner un temps de sa vie. Le Hafetz Haïm demanda un jour de réflexion et proposa  ensuite une seule et unique minute. Ce fut pour son entourage une grande leçon sur la valeur du temps et sur la valeur de la vie.

Chabbat Chalom Oumévorakh